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17.9.15

Comment Dark écrit Les Mille-Griffes...


Et les autres romans. Mais ce sera surtout pertinent pour Les Mille-Griffes parce que c'est mon œuvre la plus avancée (si j'excepte la nouvelle, évidemment), et parce qu'elle sera, formellement, très différente de mes autres histoires (à l'exception de sa propre suite, Les Grands Dragons), dans une structure narrative que je ne reproduirai probablement pas par ailleurs.
Bref, une conversation récente avec Charlotte Sizel, écrivain qui livre ses textes ici même sur son propre site, m'a donné envie d'expliciter un peu mon processus d'écriture, d'abord parce qu'il semble différent de celui de Cha' et que vous parler régulièrement des Mille-Griffes en vous disant « c'est pour bientôt » c'est pas très pertinent si je vous donne pas du concret.

Bon, on va passer rapidement sur les premières étapes de la création parce que je pense qu'elles sont propres à chaque écrivain et dépendent essentiellement de la culture personnelle au sens large – lectures, films et séries visionnés, jeux vidéo joués, mais aussi convictions personnelles et politiques, éventuellement confession religieuse, tout ça.
Pour vous donner un exemple parlant, je vais évoquer La guerre anthropocène, un de mes futurs projets. Je me suis fait la réflexion que tous mes projets sont uniques, ont tous des particularités et donc 1. que je n'en préfère aucun, je les aime tous autant même si l'univers des Mille-Griffes sera le plus gros et 2. que je vais prendre un pied avec la même intensité lorsque j'écrirai chacune de ces histoires.
Donc, la genèse d'un roman, avec pour exemple La guerre anthropocène.
  • DarkRiketz regarde les Percy Jackson. Il trouve ça nul, insultant pour la mythologie grecque, et tellement consternant que ça en devient hilarant. Il regrette également de ne pas avoir de bonne idée de narration pour une histoire qu'il rêve d'écrire depuis des années, dans laquelle les divinités grecques existeraient dans le monde contemporain.
  • DarkRiketz regarde le documentaire Sharkwater, les seigneurs de la mer, sur la pêche illégale aux ailerons dans le Pacifique.
  • DarkRiketz se familiarise avec la Sea Sheperd Conversation Society et assiste à une conférence du capitaine Paul Watson.
  • DarkRiketz regarde le documentaire Blackfish sur l'emprisonnement des orques confronté à la beauté de leur vie à l'état sauvage.
  • DarkRiketz regarde le documentaire The cove, la baie de la honte, sur le massacre annuel des dauphins à Taiji, au Japon, et sur le rapport du Japon à l'environnement océanique. C'est pas beau à voir.
  • Comme DarkRiketz travaille déjà grâce à son amie Charlotte Mortange, écrivain de son état, sur une nouvelle portant sur l'environnement océanique, l'engagement personnel et la Sea Sheperd Conservation Society, il se demande ce que donnerait une histoire dans laquelle les dieux grecs n'avaient pas disparu et, lassés de cette pollution globale et des ravages de l'Homme sur la planète, décidaient d'intervenir personnellement.
  • Il décide que cette nouvelle sera le prologue de cette nouvelle histoire, qu'il appellera La guerre anthropocène et qui mettra notamment en scène une guerre totale entre les divinités grecques et les humains qui protègent l'environnement, dont Sea Sheperd, face aux industries, aux États, aux organisations mondiales lâches et hypocrites et et à quiconque pollue l'environnement de manière générale.


Voilà, c'est plus ou moins comme ça que ça se passe à chaque fois : une idée de base, simple et brève, autour de laquelle s'articule une narration, laquelle prend place dans un univers qui adopte cette idée et plusieurs autres pour créer sa propre cohérence. Puis viennent les personnages qui vont intervenir dans cette narration, d'une manière ou d'une autre, et enfin le contexte général, la société, les forces en présence, bref l'environnement dans lequel vont évoluer les personnages.
Bon, ponctuellement il arrive que l'univers tout entier déboule dans ma tête sans prévenir, comme ça a été le cas pour Le clan du troll, mais un autre exemple semblable à celui de La guerre anthropocène est celui de L'elfe d'acier, qui lui ressemble trait pour trait. Une idée de base (l'uchronie d'un empire anglo-germain fondé en 1875), mes convictions politiques et sociales, quelques œuvres de fiction qui m'ont inspiré deux-trois éléments, et le reste s'est développé tout seul.

Non mais ce qui importe plus c'est le côté particulier de la chose, la manière dont moi j'écris, je raisonne et je fonctionne par rapport à mes textes.
Alors, une fois que j'ai la narration, le début et la fin de l'histoire – oui parce que dès que j'ai la narration, je sais comment ça commence et comment ça finit. Par exemple, et ça je peux vous le dire parce que je pense que d'ici à ce que j'écrive L'elfe d'acier vous aurez oublié, mais cette uchronie se termine par la planète Terre ravagée par une guerre conventionnelle et nucléaire, divers accidents industriels de grande ampleur, des catastrophes naturelles, et l'humanité est chassée du monde qui l'a vue naître pour se reconstruire de manière éco-responsable, morale et égalitaire sur ses quelques colonies lointaines, hors de la Voie Lactée – et les personnages, bref, une fois que j'ai tout, je fais quoi ?

Version numérique des notes des Mille-Griffes. Tout et n'importe quoi : les lieux, les personnages, les dates, les événements, tout ce qui me vient à l'esprit, rangé par faction. Ca couvre 20 pages d'OpenOffice et ça ce sont les deux premières ^^

Alors déjà, je note quelque part absolument tout ce qui me vient à l'esprit concernant ce monde. Les idées, les ébauches d'idées, les règles qui le régissent, des trucs en rapport aux personnages, aux événements, à la datation, tout.
Concernant Les Mille-Griffes la suite est simple, puisque la structure narrative est inspirée de celle du Trône de fer et que la narration suppose évidemment (un royaume féodal, des clans magiques) l'existence de factions aux intérêts contradictoires, je découpe l'histoire en chapitres en fonction desdites factions. Pour les autres histoires, il est probable que la narration suivra un (L'elfe d'acier) ou un petit groupe (Le clan du troll) de personnages, donc ça va pas être possible.
Les chapitres en question correspondent, en l'occurrence, à la fois aux factions et aux événements racontés. Raison pour laquelle je fixe à la narration un cadre spatial et surtout temporel déterminé. Les Mille-Griffes se déroulent grosso merdo sur deux ans, commencent à l'automne 998 de la Conquête du royaume et se terminent durant l'été ou l'automne de l'an 1000. Sauf que la temporalité et le calendrier varient dans cet univers en fonction des saisons : l'année se termine à la fin de l'hiver, et donc commence au début du printemps, et l'hiver 999 dure à peu près 6 à 7 mois...
Et parallèlement je continue à noter tout ce qui me traverse l'esprit parce que quand on a de l'imagination et rien pour la brider comme moi, on a des idées n'importe où, n'importe quand. D'où mon amour sans borne pour mon téléphone sur lequel je peux prendre des notes. Quand j'ai dû transformer en fichier texte les notes des Mille-Griffes, ça a pris longtemps et c'était le bordel pour pas noter les redites ^^

J'ai les idées, j'ai une ébauche de squelette de chapitrage, je fais quoi ? Je mets tout par écrit, pour rien perdre. Au risque de remanier plusieurs fois (ce que j'ai déjà fait, mais je pense que j'aurai plus besoin de le refaire ^^). Je cale les chapitres les uns par rapport aux autres, avec les liens narratifs et les événements qui se répondent, avec la progression des personnages dans la trame générale. Je transforme le fichier texte en un tableur beaucoup plus clair et lisible. Le résultat actuel est le suivant.

(j'ai dézoomé pour qu'on voie plus de chapitres hein, évidemment que je travaille pas avec ça ^^)

Y'a des auteurs qui fonctionnent par post-it sur un tableau, la majeure partie je sais pas comment ils raisonnent, moi je fais comme ça. Pour chaque chapitre, le numéro, le résumé de ce qui se passe, des précisions et des détails supplémentaires, et comme on est dans une histoire à factions multiples, des liens narratifs entre les différentes factions, ainsi qu'un code couleur pour identifier chaque faction, ce qui permet de voir instantanément lesquelles prennent un peu trop de place et lesquelles ne sont pas intervenues depuis un moment dans l'intrigue. A noter que sur l'image, là, y'a pas toutes les couleurs parce que certains groupes apparaissent plus tardivement, et aussi que le bleu clair des Loups est plus fréquent au début parce que leurs représentants sont éparpillés quand l'histoire commence.

Bon, ça c'est le guide général, c'est l'ossature. Ca n'est évidemment pas le roman proprement dit. Ce n'est même pas complet parce qu'au-delà du dernier chapitre indiqué, je ne sais pas encore quelle faction prendra le relais et dans quel ordre les événements suivants auront lieu. Enfin si je le sais, mais dans mon inconscient, et j'en suis pas encore à ce stade-là de la réflexion.
Les chapitres sont dans le dossier juste à côté, créés ponctuellement en fonction de l'évolution du chapitrage, à la fois pour pas occuper trop de place inutile sur le PC et pour pas me confronter à une éternité de fichiers textes vides à remplir. Autant dire que comme celui-ci va actuellement jusqu'à 40, il y a à peine plus de 40 fichiers texte dans le dossier, en comptant les rescapés de l'ancien chapitrage qui seront fusionnés à de nouveaux chapitres.

Voilà, ça c'est le dossier de chapitres actuel. Comme vous le voyez, je les écris pas dans l'ordre, et je dois unifier les polices, mais je viens à peine de découvrir Sylfaen grâce à mes copines autrices =_= En bas, on voit deux anciens chapitres qui doivent être fusionnés à des nouveaux et en haut, deux chapitres dont j'ai déjà le nom et une partie du contenu, mais dont je ne sais pas où ils se situeront dans le chapitrage complet. Oui, y'a un chapitre qui s'appellera La nuit remue ♥

Comme je suis quelqu'un de très pragmatique, je range bien mes affaires dans des petits dossiers. Sur le Bureau, y'en a un appelé Écriture. Dedans, chaque univers a son propre dossier et contient les dossiers qui correspondent aux romans (donc pour Les Mille-Griffes, le premier volet, puis Le continent des gemmes et Les Grands Dragons). Un dossier d'illustrations que je laisse régulièrement ouvert pour le consulter, où j'entasse tout ce que je trouve sur Internet et qui pourrait me servir de guide visuel pour un personnage, un lieu, une situation, une ambiance... Et un dossier de notes.


Très important à mes yeux, celui-ci contient toutes les ébauches. Mon amie Unikitty le chaton-licorne m'avait dit un jour, sur FB, qu'elle trouvait drôle que je n'écrivais pas les chapitres dans l'ordre. C'est parce qu'en fait, j'ai deux modes opératoires pour l'écriture proprement dite. Le premier, le plus logique, c'est de me discipliner, d'ouvrir les textes un par un, dans l'ordre, et de plancher sur un chapitre jusqu'à ce qu'il soit fini, relu, corrigé, et « terminé ». Je mets des guillemets parce qu'à ce moment-là y'a pas encore d'étape bêta-lecture.
L'autre mode opératoire, c'est de travailler à partir d'ébauches, qui me viennent à l'esprit spontanément, les phrases et les paragraphes surgissant n'importe quand dans ma tête. Dans ces moments-là, je prie généralement pour avoir de quoi écrire à portée de main, d'où mon usage (moins fréquent depuis un an, parce que je vais plus à la fac où je l'utilisais abondamment) d'un grand cahier 24*32 où se trouvent des ébauches et chapitres achevés dans leur forme première. Le 19 par exemple, je l'ai écrit à la main avant de le taper. Tout comme le 8, une partie du 4, et le 39. Et d'autres qui sont plus loin dans la narration.

C'est un peu mon "dossier-bordel à brouillons" des Mille-Griffes.

Actuellement, ma progression sur Les Mille-Griffes consiste à fusionner d'anciens chapitres pour rendre les nouveaux plus riches et solides. Le travail avec les ébauches est le même. Je prends un morceau – je n'écris généralement pas plus d'une ébauche par chapitre parce qu'à partir de deux j'écris le chapitre entier, pour pas les mélanger – et j'étoffe autour.
Le plus inconfortable, intellectuellement parlant, c'est que ces ébauches de chapitres, ces passages ponctuels qui me viennent sans crier gare... ils concernent toutes mes œuvres et pas juste celle que j'écris à un moment donné. Tout comme les notes et les détails sur les lieux, les intrigues et les personnages. Je suis un peu un magicien qui doit surveiller une demi-douzaine de chaudrons, prépare une potion dans l'un et s'efforce d'ignorer tous les autres tranquillement posés sur des braises, mais qui ne peuvent pas s'empêcher de signaler leur présence de temps en temps.

Bref, voilà, j'espère que cet article aura été plus ou moins clair, c'est extrêmement bordélique, mais en même temps, dans ma manière de fonctionner et d'écrire mes romans, le processus d'écriture, de gestion des chapitres, des idées, de la narration, des fichiers, tout se fait en parallèle, je contrôle tout en même temps en fonction des idées qui affluent, c'est aussi compliqué que parfaitement cohérent et compréhensible de mon point de vue ^^
J'me suis efforcé de mettre des images de mon PC pour que ce soit un peu plus clair, je suis du genre maniaque et ça doit se voir, mais enfin voilà, pour répondre à l'interrogation de Sizel, c'est comme ça que j'écris x)
D'ailleurs, si vous êtes écrivain-e de votre côté et que vous ressentez le besoin ou l'envie d'exposer votre processus créatif, vous gênez pas, ça m'intéresse aussi de savoir comment vous fonctionnez, à fortiori sachant que certains des écrivains de ma connaissance ont déjà achevé certaines de leurs œuvres, contrairement à moi ^^

2 commentaires:

  1. Intéressant comme article, ça fait bizarre de voir comment les autres bossent!

    Personnellement, je ne fonctionne pas du tout comme ça, quel que soit le genre de mon roman. C'est beaucoup moins "rangé" que toi. J'ai un fichier sur lequel j'écris toute mon histoire et un carnet dans ma poche pour écrire mes idées ou bout de textes.
    Mon processus est assez simple: j'ai une idée qui me vient, l'histoire se joue dans ma tête, j'entends les dialogues, je vois les décors, tout; j'écris dans la foulée; j'attends que la suite de l'histoire s'écrive dans ma tête jusqu'à la fin, j'écris et fin.
    C'est très à l'instinct, je ne me fais pas de fiche pour me guider et m'assurer que je ne vais rien oublier ou autres, je fais ce que me dicte l'histoire. Mon écriture dépend de ma créativité, même avec des fiches pour me guider, je ne pourrais pas écrire si l'histoire ne se joue pas dans ma tête au même moment. Pour écrire, je dois vivre l'histoire, c'est tout.
    Les fois où j'ai besoin de temps et d’organisation, c'est quand je ne maitrise pas assez un sujet et que je dois faire des recherches.

    En tout cas, c'est fascinant de voir ton mode de fonctionnement, ça me semble hyper prise de tête, mais tu t'en sors comme ça, je trouve ça bien. Et j'imagine que si je détaillais vraiment exactement ma façon de faire, ça paraîtrait bizarre aussi.
    Peu importe comment de toute façon, du moment que ça fonctionne! :D
    Bonne idée d'article en tout cas!

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    1. En fait il m'est déjà arrivé de paumer une ou deux idées et même des extraits de chapitres et d'ébauche, notamment quand j'ai refait ma configuration et changé de DD, mais aussi faute de prendre les notes au moment où j'avais les idées, du coup maintenant je fonctionne systématiquement comme ça, comme tu dis pour ne rien oublier.
      Après, c'est surtout une conséquence de mon mode de fonctionnement intellectuel, même au niveau de mes idées et de mes pensées, je suis pragmatique et rationnel, j'essaie de tout rationaliser pour que ce soit facile à gérer et ranger ^^

      Mais c'est vrai que c'est intéressant de se confronter à la manière dont la tête et l'écriture des autres fonctionnent :)

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