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24.8.16

Star Trek Maturité et Mélancolie


Star Trek : Sans Limites.

Film américain de Justin Lin (2016) avec Chris Pine, Zachary Quinto, Zoë Saldaña, Karl Urban, John Cho, Anton Yelchin, Simon Pegg, Idris Elba, Sofia Boutella.
Genre : science-fiction, action.
Vu en VOST.

Base spatiale Yorktown, dans le système de Starfleet. Après presque trois ans de la mission d'exploration qui en prévoit cinq, l'arrimage de l'Enterprise est une bouffée d'air pour tout le monde. James Kirk, désormais plus âgé que son père ne l'a jamais été, est confronté à l'inconnu de son avenir et de ses aspirations à Starfleet. L'ensemble de l'équipage semble avoir souffert de l'isolement prolongé et, pire, le commandant Spock apprend le décès de son alter-ego, le vieil ambassadeur Spock, ce qui le rappelle à la situation précaire des Vulcains.

Peu après l'arrivée du vaisseau à Yorktown, une extraterrestre de race inconnue débarque à Starfleet : son peuple est gravement menacé, dans une nébuleuse inexplorée. L'Enterprise est alors envoyé à son secours.

Ce film m'a, je dois dire, laissé dans une grande perplexité par rapport aux deux précédents que j'ai revus – et fait découvrir au passage – le dimanche midi et soir précédant sa sortie, en compagnie de mon ptit frère Wolves. Star Trek et Star Trek Into Darkness étaient pleins de certitudes, à la fois dans leur écriture et dans leur production, ce qui n'est pas du tout le cas de Beyond. J'ai même entendu dire que les décès de Leonard Nimoy, « l'ancien Spock », en 2015 (donc avant le début du tournage) et d'Anton Yelchin, le jeune acteur incarnant Pavel Chekov en juin 2016 (donc peu avant la sortie du film) avaient remis en question de possibles suites.
Même à l'écran d'ailleurs, le film se dote souvent consciemment mais parfois malgré lui d'un côté très mélancolique et anxieux par rapport à l'avenir. La fameuse tirade de fin de film sur « l'espace, l'ultime frontière », est énoncée cette fois non par l'ambassadeur Spock (forcément) ou par Kirk, mais par l'ensemble des cadres de l'équipage, ce qui, de façon tristement ironique, constitue un hommage à la fois à Leonard Nimoy et à Anton Yelchin (le film leur étant d'ailleurs dédié).

Ils ont piqué de l'excellent whisky à Chekov pour boire à deux avant l'anniv de Kirk. J'adore cette séquence.

Effectivement, c'est pas très la joie. James Kirk pensait qu'explorer l'inconnu pendant des années ce serait cool mais en vrai, l'Enterprise vit dans une sorte d'autarcie mouvante ponctuée de quelques escales chez Starfleet, ce qui force l'équipage à se centrer sur lui-même. Des liens sont créés, des tensions amoureuses naissent à cause de ce coureur de jupons de capitaine, mais surtout, chaque membre se retrouve face à lui-même, face à ses rêves, ses espoirs, voire ses illusions (explorer l'inconnu, n'est-ce pas une quête sans fin ?). C'est un peu ce qui était fait, en sous-texte, dans le magnifique dernier épisode de Stargate SG1 où l'équipe SG1 est prisonnière d'un vaisseau dans une bulle temporelle pendant cinquante ans. #ClaquerUneBonneRéférence


Pour Kirk c'est pire parce que, comme l'ont dit feu l'ambassadeur Spock et Leonard « Bones » McCoy, Jim s'était engagé dans Starfleet, dans les deux temporalités, tantôt pour suivre les traces de son père et faire sa fierté, tantôt pour lui ressembler. Or, il n'a jamais connu ce père et le voilà plus vieux et plus gradé que le modèle défunt. Pour les deux qui discutent tout le temps au fond – si vous croyez que je vous vois pas c'est raté – je rappelle que George Kirk est mort au tout début du reboot Star Trek de 2009 après avoir été capitaine de l'USS Kelvin pendant 12 minutes, sauvant 800 vies de la destruction du vaisseau, dont celle de son épouse et de son fils tout juste né.
De son côté, Spock est confronté à sa nature de Vulcain, qui était un peu secondaire jusque là dans la narration. C'était le commandant et le scientifique en chef de l'Enterprise, mais bon, y'a plein d'aliens à bord. Là, que son alter-ego meure, ça lui rappelle qu'il faut bien perpétuer l'espèce vulcaine en voie d'extinction, et que ça se fait pas à bord d'un vaisseau lancé dans l'espace lointain.

Vous fiez pas aux apparences. C'est absolument énorme. Cette base est pratiquement une petite planète, plusieurs millions d'habitants. PARCE QUE STARFLEET.

Bref, tout ça pour dire que les deux principaux membres d'équipage se laisseraient bien tenter par autre chose, en témoigne la candidature de Kirk au poste de vice-amiral – qu'il a effectivement atteint et même dépassé dans la narration originale – et l'aspiration de Spock à une carrière d'ambassadeur de Vulcain.
Évidemment, faut pas se leurrer, les ennuis se repointent pour jeter ces enjeux au second plan, pour un moment du moins. L'Enterprise a le meilleur système de navigation de Starfleet, laquelle a abandonné sa dérive militaire après la mort de l'amiral Marcus – Carol Marcus jouée par Alice Eve n'est d'ailleurs pas présente ni même évoquée dans le film, de manière logique j'ai envie de dire – donc c'est lui qu'on envoie.

Après avoir fait naître et confirmé le cœur de l'équipage dans les deux films précédents, il fallait évidemment éprouver leurs liens, ce qui constitue l'une des raisons de l'orientation du présent long-métrage. Il est vachement moins spatial que les précédents. L'intrigue se déroule essentiellement à terre, et les équipiers sont séparés la majeure partie du temps, pour voir comment ils se débrouillent isolés et pour tester leur inter-dépendance. C'est d'ailleurs à cette fin que, au moment de monter le super-plan de la mort qui sauve les Gentils, chacun a un rôle bien défini à jouer (chacun, là, ça veut dire tout le monde sauf Uhura et Sulu, qui sont pas disponibles pour le moment).

Tu peux le considérer comme tu veux, Jaylah, elle est cool. C'est tout. Elle est géniale.

Dans ce jeu des aventuriers de la planète perdue, la grande gagnante est Sofia Boutella. Après avoir joué des seconds rôles – et notamment la remarquable arme principale du terroriste écologique de Kingsman : Services Secrets, incarné par Samuel L. Jackson, je vous recommande toujours ce film – elle se retrouve ici avec Jaylah, un rôle beaucoup plus consistant, sur lequel repose une partie de la narration et beaucoup d'humour.
Sa méconnaissance des usages humains, qui lui fait nommer deux personnages « Montgomery Scotty » et « James T. » est très drôle, mais c'est surtout un personnage d'action (forcément, vu qui l'interprète), une ingénieure douée qui envoie des coups de latte et se bat au bâton façon Rey, le tout en écoutant du gros rock parce que c'est tout ce qu'elle a trouvé dans les vestiges de l'antique USS Franklin.

Après, le personnage d'Idris Elba est génial aussi. J'aime cet acteur, vous avez pas idée. Après avoir quitté l'Angleterre, il s'est envolé façon comète, sa carrière caracole en orbite basse, ça fait plaisir de voir qu'un Noir peut avoir des rôles majeurs dans le ciné américain. Bref, son personnage ; les méchants ont toujours été bien écrits dans les reboots de Star Trek (même Nero, malgré son caractère de cliché ambulant qui n'est là que pour pousser l'équipage naissant de l'Enterprise à se former), et si le meilleur reste clairement le Khan incarné par Benedict Cumberbatch dans Into Darkness, Krall est ici génial.
Son histoire, son écriture, ses motivations, tout chez lui contribue à renouveler la portée politique et sociétale de Star Trek déjà présente dans la série originale et dans Into Darkness. Replacer ça dans notre contexte actuel... waw !

Le film se déroule essentiellement sur une seule planète, désertique et inhospitalière. C'est cliché mais ça marche.

Bref vous l'aurez compris, mis à part la quasi-absence de combats spatiaux, on est là, à nouveau, sur du très bon Star Trek. J.J. Abrams n'est plus aux commandes, mais il produit, et ça reste génial. L'humour est toujours aussi présent et parfois à hurler de rire, comme dans ce dialogue entre Bones et Spock qu'on a tous adoré dans la salle. "Vous avez irradié votre copine ? - Les radiations sont inoffensives mais très remarquables. - Vous avez donné un traceur à votre copine ? - ....." Silence tendu. Regard gêné de tous les personnages. Je suis toujours aussi friand de ces moments où Spock réalise qu'il fait ou a fait de la merde XD
Bon après, le film reste grave et sombre hein. D'ailleurs, la mélancolie ambiante se joint assez joliment à l'esthétique au moment où, dans les effets personnels de l'ambassadeur Spock, le jeune Spock trouve une photo de l'équipage de l'Enterprise, version âgée. C'est très intéressant et bourré d'émotion, je trouve de voir William Shatner, George Takei et les autres en Kirk, Sulu, Uhura, Chekov, Bones ou Scotty.


Comme tout bon Star Trek, Beyond présente ainsi, en parallèle à son écriture dramatique qui rend honneur au genre du space-opera, de beaux morceaux de bravoure. La confrontation finale donne clairement au spectateur l'idée des fonds verts, des ventilos et des harnais utilisés sur le tournage, mais à l'écran c'est très joli et cohérent. On a effectivement droit, faut pas déconner, à notre séquence de bastion aérienne, même si l'essentiel se passe au sol. Les paysages sont majestueux (numérique ou réel ? Aucune idée mais ça pète !), la mise en scène musclée et l'écriture de certains personnages (Bones, Jaylah ou « Montgomery Scotty » ^^) rend le tout énergique et drôle à la fois. Bon, y'a clairement des poncifs assez classiques dans ce film, le MacGuffin et l'embuscade sont présents, mais la séquence de la base ennemie est géniale, mettant parfaitement Kirk et Jaylah en valeur :D

Y'a encore plein d'aliens, on est dans l'espace lointain, Starfleet intègre parfaitement ses membres sans donner dans le racisme, et ça se voit ! ♥

Le film est pas sorti en 3D, il bénéficie pas de ce point de vue du soin extrême apporté par J.J. Abrams, mais il conserve, c'est assez bizarre d'ailleurs x), les lenseflares qui sont propres à ce dernier, même si le film est de Justin Lin (un Yes-man ?). Michael Giacchino reste à la composition et réorchestre son propre thème principal pour lui donner une teneur dramatique qu'il n'avait pas jusque là, y ajoutant aussi des musiques d'actions et du hard rock. Pourquoi ? Allez voir le film ^^


En bref : Star Trek Beyond peut se voir sans problème si on n'a pas vu les deux précédents (une connaissance l'a fait en notre compagnie, à Wolves et moi), mais il s'intègre parfaitement dans la narration des reboots. La mission de cinq ans a commencé, l'écriture des personnages est plus grave et dramatique que jusque là, en plus de la narration décidément toujours politisée. La mise en scène moins spatiale peut décevoir (de fait, entre autres par cet aspect, Into Darkness est meilleur) mais on reste sur du très bon niveau à tous points de vue. J'adore. Allez le voir !

J'me refuse à commenter cette image. Vous irez voir le film.

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2 commentaires:

  1. juste pour savoir spock et spock ambassadeur c'est le même personnage non? et la photo c'est eux plus vieux!!!! donc comment c'est possible? hommage ou voyage temporel?

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    1. En fait le reboot de 2009 écrit une nouvelle temporalité à partir de la naissance de James T. Kirk - qui naît au début de ce film - notamment avec la mort de son père - au moment exact de sa naissance.
      Plus tard dans ce même film - celui de 2009 - débarque du futur le vieux Spock, qui découvre un passé totalement changé et décide finalement d'y trouver sa place (vu que le voyage vers le futur est pas possible) en parallèle de la version jeune.

      Les trois films de ce reboot, donc, écrivent une nouvelle temporalité de l'univers Star Trek, avec l'équipage original de l'Enterprise, mais en plus jeune ;)

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