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5.1.19

Hey c'est cool, DC aussi a fait son Black Panth... fish. Son Black Fish.


Aquaman.

Film américain de James Wan (2018) avec Jason Momoa, Amber Heard, Patrick Wilson, Willem Dafoe, Yahya Abdul-Mateen II, Temuera Morrison.
Genre : super-héros, action.
Vu en VOST.

Arthur Curry, dit Aquaman, continue à veiller de loin sur les océans, tout en visitant régulièrement son père, endeuillé voilà longtemps par la perte de l'amour de sa vie, Atlanna d'Atlantis.
De son côté, le prince Orm d'Atlantis, fils légitime d'Atlanna et du roi Orvax, cherche à réunifier les différents royaumes marins. Il s'allie au puissant roi Nereus de Xebel dans le but de soumettre les autres monarques et déclarer la guerre au monde de la surface.


Commençons par quelques déclarations liminaires (ça veut dire "qui est placé au début d'un texte ou d'un discours").
Si Subnautica m'a appris un truc clair, c'est que la vie sous-marine c'est la merd... abonde et se développe comme nulle part ailleurs. Sur une planète océanique, et encore le jeu se déroule dans un cratère fermé, les grands carnivores marins se sont développés pour atteindre allègrement plusieurs dizaines de mètres de muscle et de crocs acérés, voire plusieurs centaines pour les plus gros, et des fossiles profondément submergés laissent entendre que les animaux croisés dans le jeu sont des nabots comparés à leurs ancêtres disparus.

D'autre part, à partir du moment où DC a voulu établir un univers étendu au cinéma, il a été établi que le studio ne voulait surtout pas faire comme Marvel (au point que cet abruti dégénéré de David Ayer ait basé une partie de sa communication autour de Suicide Squad sur sa sortie "fuck Marvel", avec le succès que l'on connaît), alors qu'à mon sens, c'était une erreur, pour une raison simple. La fameuse "recette Marvel" n'est pas du tout propre aux films Marvel, ni même à ceux de super-héros. Eh, c'est même pas propre aux films, elle s'applique aussi dans les séries (et le rapprochement entre le format MCU et celui des séries souligne cet état de fait).
Prendre un personnage, le placer face à des drames et des cas ce conscience, éventuellement saupoudrer d'enjeu sociétal, et filmer ça avec de belles séquences d'action et des dialogues bien écrits, c'est vieux comme le monde, Game of Thrones fait ça depuis sept ans, Heroes le faisait dès 2006. La preuve que c'est une recette qui marche ? Justice League est construit comme le premier Avengers, on forme une équipe qui tient sur un équilibre instable d'intérêts convergents et de personnalités instables mais similaires, on ajoute un dénominateur commun (Superman), et voilà.

Tout ça pour dire vite fait que ce génial film d'Aquaman m'a beaucoup rappelé Thor Ragnarok et Black Panther, et qu'il est tout à fait digne d'intérêt, parce qu'utilisant de forts bons ingrédients. À nouveau, la recette fonctionne.
Ah oui, et parce que c'est toujours prudent de le rappeler : ÇA VA SPOILER.


Donc Aquaman, nouvelle itération du DCCU, raconte non pas une origin-story comme le faisait Wonder Woman (alors que ça aurait été légitime, les deux personnages étaient inconnus du grand public avant Justice League), mais les ambitions des Atlantes dans le monde moderne, auxquelles le super-héros hybride n'est même pas lié. Clairement, un des trucs les plus intéressants que j'ai vus dans ce film, c'est qu'Arthur Curry n'est mêlé aux événements que par la force des choses, et il ne s'y implique que contraint et forcé.
Bon ok, et je suis super dégoûté aussi, parce que j'ai eu y'a quelques années cette idée pour la suite des Mille-Griffes, dans laquelle je rappellerai ce mécanisme narratif selon lequel tu peux pas juste remettre un méchant à sa place, tu es également obligé d'assumer ses ambitions à sa place, [spoiler] ce qui veut dire dans le cas d'Aquaman qu'empêcher un roi atlante de déclarer la guerre au monde de la surface, ça veut dire revendiquer le titre royal lui-même, ce qu'Arthur ne veut pas. [fin de spoiler].
Maintenant tout le monde va dire que j'ai repompé cette idée à Aquaman alors que je l'ai eue bien avant de voir le film ^^

Enfin bref : Black Panther et la recette Marvel.
Sans forcément recopier point par point le film de T'Challa et Killmonger (son cousin), Aquaman reprend les mécanismes narratifs qui sont les siens mais, vous allez le voir, je trouve même que le film de DC fait mieux que celui de Marvel.
L'océan est vaste, c'est bien connu. Sur une planète recouverte à 70% d'océans et dont les 30% restants n'ont jamais été unifiés sous une seule autorité, il paraît impossible de gouverner l'ensemble des fonds marins : en effet, c'est pas réalisable. C'est dans cette idée que le film nous montre la coexistence de différents royaumes sous-marins, notamment celui des Atlantes, de Xebel, des Fishermen, des Brines ou encore de la Crevasse (Trench en anglais, soit une profonde fosse sous-marine).

Le ptit frère d'Aquaman a pris les cheveux blonds de sa mère et l'arrogance raciste de son père. Mais bon, il est encore sauvable.

Et du coup, l'antagoniste principal est Orm, fils d'Atlanna et d'Orvax, qui contrairement à son demi-frère Surfacien est un sang-pur, à défaut d'être l'aîné, ce qui lui permet d'amorcer une tentative d'unification des royaumes sous une autorité unique (la sienne, tant qu'à faire). Ce qui est intéressant c'est que dans ce mécanisme, le personnage principal est un outsider, il n'a aucune légitimité, aucune force (le film insiste assez sur le fait que, sous l'eau, Arthur Curry peut se prendre une pilée par à peu près n'importe qui, alors imaginez un prince entraîné pour la guerre...), aucune célébrité à faire valoir. D'ailleurs, son mentor lui conseille même de construire progressivement sa popularité auprès du petit peuple d'Atlantis - ce qui laisse à penser que la société est stratifiée, avec des nobles, des puissants, et des opprimés - et, histoire de servir les représentations des minorités (James Wan, réalisateur du film, a des origines chinoises et malaises (de la Malaisie), je rappelle), Arthur Curry le prend au mot.
Le royaume de la Crevasse est peuplé de monstres rejetés par tout le monde ? Il va en faire ses potes. Les Atlantes redoutent un monstre marin légendaire qui fait son casse-croûte de tout ce qui passe à portée de nageoire ? C'est un allié de choix. Cette partie-là du film était bien badass et m'a rappelé mes pires moments de Subnautica, où je croisais des animaux de proportions continentales...
Ah puis, et pendant qu'on parle de minorités : j'ai trouvé absolument génial le fait que le père d'Arthur Curry, Thomas Curry, soit incarné par un acteur néo-zélandais maori (Temuera Morrison) alors que Jason Momoa est américain d'origine océanienne. Voilà, pour une fois les gens du cast ont bien fait leur boulot.


Et puis SURTOUT, cette volonté de rallier n'importe qui à sa cause permet à Arthur Curry d'équilibrer les chances, parce que clairement, il n'a même pas la cause pour lui.
Mon amie SweetBerry me l'a rappelé par son propre article sur Aquaman (avec lequel je suis pas d'accord), mais encore un coup de génie de ce film, c'est de te faire accepter et assumer le point de vue de l'antagoniste SANS AUCUNE HÉSITATION.
Alors certes, ça fait BIEN CHIER l'écologiste que je suis, parce que ENCORE UNE FOIS (après les deux Kingsman et Avengers Infinity War), l'écologie est présentée comme la doctrine des terroristes génocidaires. Mais clairement, Orm se bat pour botter le cul des Surfaciens et les empêcher de polluer les océans.
Vous savez, les grandes nappes de plastique qui tourbillonnent dans le Pacifique nord, le Pacifique sud, l'Atlantique, l'Océan Indien et celle qui est en formation dans les Caraïbes ? Bah voilà. Les Atlantes se battent contre ça. Comment être opposés à eux sans passer pour un défenseur de la pollution ?
Bref, Arthur Curry est donc présenté comme un outsider dans son propre film et, chose que j'ai beaucoup aimé et qui à mon sens le rend supérieur à Black Panther, il ne tue pas ses ennemis.

Ce personnage est SUPER intéressant et il amène de très bons questionnements au personnage d'Aquaman, c'est vraiment génial !

Il y a dans Aquaman deux antagonistes, un principal et un secondaire, et là où Ant-Man et la Guêpe avait merdé en n'en développant aucun (alors que l'un des deux était très dispensable), ils ont ici tous les deux droit à un développement, ce qui amène des réflexions intéressantes du héros. Est-ce que, si Arthur Curry avait agi avec moins de cruauté, il aurait pu éviter de créer son propre ennemi ? C'est le genre de propos qui n'est pas évoqué dans les films de super-héros, dans lesquels les "méchants" sont considérés comme un mal inévitable, qu'on ne peut ni empêcher ni réparer, alors que là c'est juste l'inverse.
La preuve : là où Black Panther tue son méchant (Killmonger, alors que j'aurais trouvé intéressant qu'il survive et bénéficie d'une rédemption), Aquaman laisse survivre le sien, grâce à l'intervention de la mère des deux jeunes hommes, Arthur et Orm. C'est cet aspect-là du film qui m'a rappelé le premier Thor (celui du très shakespearien Kenneth Branagh), en ceci qu'on est en plein dans un drame familial cher au dramaturge anglais.

Also, Atlanna m'a rappelé pourquoi j'aimais Nicole Kidman depuis toujours : elle est parfaite à tous égards ♥

D'ailleurs, cette évocation de la mer (la mère, la mer... tu l'as ?) m'amène à l'esthétique du film. Aquaman a parfois des incohérences assez monstrueuses, même pour quelqu'un qui n'est pas expert-e : une fusée de détresse, donc un objet fonctionnant sur le principe de combustion, sauf erreur de ma part ça marche pas sous l'eau (surtout à une profondeur croissante, parce que c'est au moment où Arthur et Mera plongent dans la Crevasse, réveillant mes angoisses de Subnautica à base de "dix mille monstres au mètre cube").
Lors du fameux duel rituel entre les deux princes (lequel duel est perdu par le héros d'ailleurs, coucou Black Panther), de vastes nappes de lave sont présentes sur le fond marin, mais 1. ce n'est pas assez profond et 2. C'EST LE FOND MARIN. Au contact de l'eau c'est même pas possible. Et puis, troisième incohérence, et non des moindres : le film ressort le bon vieux délire du portail quantique qui mène au centre de la Terre façon Jules Verne, dinosaures compris (enfin, ptérosaures pour être exact).

AKUKU ATLANTIS !! ♥

MAIS BON.
À part ces éléments certes dommageables, je l'ai dit en intro avec Subnautica, la vie sous-marine abonde. Alors je suis pas expert en montage vidéo comme SweetBerry, alors je suis pas aussi capable qu'elle de représenter des plans numériques, mais Atlantis, c'est MAGNIFIQUE. C'est un peu la partie Black Panther/Avatar du film : des plantes et des animaux PARTOUT, des travellings de caméra qui te font pleurer tellement les décors sont foisonnants et somptueux, une belle musique pour servir de glaçage, emballez et dégustez.

Amber Heard (Mera), James Wan, Jason Momoa (Arthur Curry) et Willem Dafoe (Volko) sur le tournage d'Aquaman. On remarque le symbole d'Atlantis sur la ceinture de Mera (alors qu'elle fait partie du royaume de Xebel), ainsi que sa tenue ridicule et ses cheveux beaucoup trop vifs malgré sa beauté sublime, et la coiffure de maître d'arts martiaux de Volko (de fait, le personnage est celui qui apprend à nager et à combattre au futur Aquaman).
Et une espèce d'apparition divine couverte de tatouages et beaucoup trop canon pour être réelle, au milieu à droite.

Et puis surtout, ça m'a semblé assez cohérent - mis à part le fait qu'il existerait une mer asséchée sous le putain de désert du Sahara - parce que pour le peu qu'on voit des différents royaumes sous-marins, la biologie, la géologie et la culture varient assez pour qu'on y croie. Bon, Atlantis fait clairement figure de royaume-central-de-la-classe-et-de-la-richesse (à la manière d'Asgard chez Thor), mais c'est parce que le film reprend le mythe de la société antique hyper-développé dont la technologie lui a pété au museau, ce qui explique également pourquoi ils utilisent des véhicules sous-marins au lieu de se prendre la tête à nager : à l'origine ils devaient être aériens et fonctionnent dans les deux milieux. Ajout technologique qui permet d'ailleurs de mettre du synthé dans la musique, en un style qui n'est pas sans rappeler les bagarres et fusillades de Thor Ragnarok.

Also, ils ont des requins, et ça c'est stylé, parce que les requins sont des tigres sous-marins : puissants, classes, et beaucoup trop poupi ♥

En dehors des royaumes marins, d'ailleurs, si le film adopte un schéma narratif assez prévisible à base de course au trésor (le fameux trident légendaire ultra-pété qui donne tout pouvoir sur les océans), cela permet d'explorer un peu la surface et d'enrichir l'écriture des personnages.
On découvre ici le nom de Mera puisqu'elle n'est pas nommée durant son bref passage dans Justice League (moi je le connaissais parce que je l'ai vue dans Blackest Night) - d'ailleurs on sait même pas comment elle a rencontré Arthur Curry à la base, on sait juste qu'ils se connaissent - a vu son design évoluer. Par rapport à Justice League, ses cheveux sont d'un rouge plus vif et clair, donc moins naturel, mais elle reste la guerrière badass qu'on suppose. Après tout, c'est une princesse dans une société sous-marine fondée sur la force. En tant qu'Atlante, elle est conditionnée à détester et mépriser les Surfaciens, Arthur Curry compris, ce qui rend très touchante sa découverte progressive de ce monde qu'elle connaît pas, en particulier lors d'une magnifique séquence en Sicile.

Même si elle était moins pétante que dans le comic, sa chevelure dans Justice League (voir ci-dessous) était plus réaliste, ce roux flamboyant clairement je peux pas, on voit la coloration chimique à dix kilomètres. Et puis déso mais une princesse guerrière ça porte une armure, dans Aquaman sa tenue verte tient plus de la combinaison.


D'ailleurs, elle considère Arthur comme stupide et grossier - et de fait, il l'est, c'est rare et plaisant de voir un super-héros faire de l'humour aussi crade avec insouciance ^^ - mais en vrai il est super cultivé, il parle italien et connaît une partie de l'histoire romaine. Nan parce qu'il est Atlanto-américain à la base, alors qu'il soit sensibilisé à l'histoire antique, c'est de l'ordre du miracle.
De leur côté, les Océaniens et méchants ne sont pas en reste, à part les "sous-rois" (y compris le père de Mera, c'est dommage, et au passage j'ai pas du tout reconnu Dolph Lundgren), les personnages de Vulko, mentor d'Aquaman (joué par Willem Dafoe qui est ENFIN un gentil ♥), d'Orm (joué par Patrick Wilson que j'ai reconnu direct, parce que je l'ai vu que dans Watchmen, mais j'ai vu dix mille fois Watchmen) et de Black Manta sont vraiment écrits de manière sympa.
Ce dernier a droit au traitement de luxe, c'est un peu le Dark Tony Stark de chez DC : on lui file de l'armement atlante, son premier réflexe c'est de le démonter pour savoir comment ça marche et le personnaliser ^^ Plutôt cohérent pour un pirate avec de l'armement moderne.


En bref : mis à part quelques problèmes liés à la mise en scène et malgré une écriture parfois faiblarde - une progression artificielle et un deus ex machina gratuit avec Atlanna - Aquaman est un excellent film du DC Cinematic Universe, principalement parce que ses scénaristes et son réalisateur ont compris que Marvel n'était pas un modèle à éviter à tout pris (ni même un modèle tout court d'ailleurs). Il est très régulièrement drôle et prenant, les décors et séquences d'ensemble sont super impressionnants, et son écriture autour d'un personnage principal qui a tout d'un outsider est vraiment intéressante. N'hésitez pas à aller le voir !

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